Au moment de la première du film
Les Lumières de la Ville
en janvier 1931, les temps et l’économie
avaient bien changé. Personne ne
voulait distribuer les films muets de Charlie.
Il dut alors se donner beaucoup de mal pour
trouver un théâtre qui accepterait
de présenter son film à Los
Angeles et à New York. À Los
Angeles, il profita des connaissances financières
limitées de H.L. Gumbiner, propriétaire
du Los Angeles Theatre situé sur
Broadway au centre-ville. Avec l’appui de
Charlie, le théâtre soigneusement
décoré fut construit en cinq
mois. Il fut « consacré par
un grand soleil levant au-dessus de la porte
donnant sur le foyer pour symboliser Louis
XIV, le roi-soleil. À quelques pas,
des anges font sentinelle à chaque
coin du plafond, en l’honneur de l’emplacement
du théâtre dans la Ville des
Anges. Un grand escalier au centre mène
à une fontaine de cristal et au-delà
de cela, le ciel même . . . Les peintures
murales trompe l’œil effectuées par
Anthony B. Heinsbergen sont le point culminant
du plafond de l’auditorium » (The
Last Remaining Seats)
Le jour de la première, le 30
janvier, la police dut retenir la foule
autour du théâtre dès
les petites heures du matin. La circulation
fut paralysée et les fenêtres
de certains grands magasins voisins
furent brisées simplement à
cause de la masse et de l’enthousiasme
de la foule. Les invités célèbres
furent nombreux, mais les invités
personnels de Charlie, M. et Mme Einstein,
furent peut-être les plus énigmatiques
et intéressants. Les réminiscences
qu’en fait Charlie dans L’histoire de
ma vie dépeint la scène
:
« Le propriétaire
avait fait construire une salle magnifique
mais,
comme bien des distributeurs de
cette époque, il ne connaissait
pas grand-chose à la présentation
des films. La projection commença.
D’abord le générique,
avec les applaudissements habituels
d’une première. Puis
enfin vint la première scène.
Mon cœur se mit à battre. C’était
une scène comique dépeignant
le dévoilage d’une statue. Les
spectateurs se mirent à rire!
Les rires déferlaient de tous
côtés. J’avais gagné!
. . . Mais alors, il se passa une chose
absolument incroyable. Soudain, au beau
milieu des rires, le film s’arrêta!
Les lumières de la salle s’allumèrent
et une voix annonça au haut-parleur
: « Avant de poursuivre la projection
de cette remarquable comédie,
nous voudrions prendre cinq minutes
de votre temps pour vous faire admirer
les beautés de ce nouveau cinéma.
» Je ne pouvais en croire mes
oreilles. Fou de rage, je bondis de
mon fauteuil et me précipitai
dans la travée centrale...»
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