|
 |
|
|
 |
|
Bouffonneries « tangoresques » |
Chaque fois que je vois mon voisin avec son chien,
Tango, je pense à ce bulletin. On peut
trouver dans l’une des rubriques du site
discoverchaplin.com que le tango était
la danse préférée de Charlie.
Depuis que j’appris ce fait, j’eus envie de fouiller
un peu plus dans cette affirmation pour voir ce
qui en était. Nous savons tous que Charlie
Chaplin était réputé pour
son charme et son talent de danseur. Ceci n’a
rien de surprenant si on considère que
la danse en sabots fut l’une de ses premières
sources de revenu. Son nom est donc souvent associé
à certains styles de danse tel que le ballet,
qu’il commémore d’ailleurs dans la scène
de rêve du film l’Idylle aux champs
(1919) ou dans les Feux de la rampe (1952),
ou la valse, danse qu’il exécuta d’ailleurs
en attirant beaucoup d’attention (bien que de
manière comique) dans les scènes
principales des films Charlot et le Comte
(1917) et la Ruée vers l’or (1925).
Mais qu’en est-il du tango ? D’innombrables aspects
de la vie de Charlie furent saisis sur film, par
exemple dans des films d’actualité ou dans
de brèves apparitions telles que dans la
récente diffusion d’un des films classiques
de Turner intitulé Souls for Sale (Âmes
à vendre) (1923), ainsi que dans ses nombreux
films; cependant, je ne crois pas avoir eu le
plaisir de le voir danser sérieusement
dans aucun de ces films et certainement pas en
train de danser le tango. Ce détail peut
sembler insignifiant, mais ce qui a été
rapporté sur ses compétences indique
tout le contraire.
Vous
pensez peut-être que j’ai oublié
Charlot danseur (Tango Tangles),
sorti par les Studios Keystone le 9 mars
1914. Le titre suggère qu’en tant
que spectateurs, nous nous régalerons
peut-être de bouffonneries «
tangoresques » dans ce film, mais
en fait très peu de scènes
portent sur le tango. Comme Thierry Georges
Mathieu le rapporte dans le numéro
4 de La Naissance de Charlot : «
Ces dernières images de tango sont
d’ailleurs les seules de tout le film
. . . qui en porte pourtant le nom. Le
choix de ce titre semble avoir été
décidé dans une optique
commerciale, davantage pour attirer quelques
spectateurs faciles et avides de sensations
nouvelles, que pour traiter, que ce soit
de façon favorable ou au contraire
critique, cette danse à la mode,
objet de polémiques à l’époque.
» (21)
Mais qu’est-ce au juste que le tango et
comment peut-on savoir s‘il s’agit bien
de tango dans Charlot danseur
ou non ? J’aime la façon simple
dont le site ballroomdancers.com décrit
cette danse :. Le tango, d’origine Argentine,
se danse à un rythme 2/4 et est
caractérisé par des déplacements
semblables à une démarche
féline et des mouvements de tête
en staccato. » C’est donc la danse
toute indiquée pour un comédien
accompli ! En fait, le tango n’avait fait
son apparition aux États-Unis qu’à
peine quelques années avant le
tournage de ce film .Le livre écrit
par le commissaire en chef de deuxième
classe A.M. Cree, RN, intitulé
Handbook of Ball-Room Dancing (Guide sur
la danse de salon) publié en 1920
indique « qu’en 1912-1913, lorsque
la popularité du tango commença
à se répandre, des représentations
furent données dans presque tous
les music-halls et poussèrent certains
pseudo-experts à se pavaner de
long en large dans les salles de réception
en exécutant des pas demi-lunes
et ciseaux vigoureux et en adoptant des
pas mattchiche dans leurs girations. Il
ne fut pas long avant que cette danse
devienne tabou. » (8-9) Les danseurs
Irene et Vernon Castle démontrèrent
souvent leurs talents sur la scène
de Broadway et furent
crédités par certaines personnes
pour avoir introduit ces pas de danse.
D’autres prétendent que ce fut
Maurice Mouvet, professeur de danse de
la ville de New York qui enseigna ces
pas à son retour de vacance à
Paris. Cependant, quelles que soient les
circonstances qui entourent son introduction,
il fut impossible de réprimer l’attrait
exotique et enivrant du tango, même
avec la venue de la première guerre
mondiale, un fait qui prédit probablement
sa popularité continue jusqu’à
nos jours.
|
| Suite... |
|
 |
|