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Sports d’hiver |
J’ai pensé parler d’un sujet un peu
plus léger ce mois-ci et que pourrait-il
être plus approprié que de
parler des sports d’hiver. Nous avons tous
lu les récits relatant combien Charlie
avait horreur du froid. Par exemple, il
voulut absolument quitter les studios d’Essanay
à Chicago après avoir passé
seulement un mois hivernal (janvier 1915)
au Lac Michigan. Il faisait aussi souvent
brûler du charbon dans son foyer à
Vevey même durant la saison estivale.
Cependant, les récits moins connus
sont ceux relatant combien Charlie aimait
profiter des avantages dont mère
nature offrait en hiver. La tournée
européenne qu’il fit en 1931-32 me
revient souvent à l’esprit puisque
cette époque sembla être celle
où tout débuta pour Charlie,
c.-à-d. l’époque où
il développa sa conscience sociale,
finit par accepter les films parlants, se
mit à écrire d’une façon
plus créative et commença
même à apprécier un
peu les sports d’hiver, en particulier le
ski.
Pendant
mes recherches sur Chaplin, je suis très
reconnaissante du fait que Syd, le frère
de Charlie, ait accumulé tant de
papiers, de documents et de correspondance
qu’il compila depuis les premiers jours
de la carrière de Charlie. Dans
l’exemple qui suit, Syd nous fournit une
fois de plus les meilleurs renseignements
sur le sujet. Dans une lettre écrite
le 9 mars 1932 à bord du Suma Maru
en route pour l’Asie du Sud-Est, Syd adressa
une lettre à R. J. Minney, auteur
de The Immortal Tramp: The Life and Work
of Charles Chaplin (L’immortel vagabond
: la vie et l’art de Charles Chaplin)
(1954), au sujet de la tournée
qu’avait entrepris Charlie, une lettre
qui finit par paraître pratiquement
mot à mot dans le périodique
Everybody’s Weekly peu de temps après.
Dans cette « lettre », Syd
décrivit tant ses premières
expériences que celles de Charlie
dans les sports d’hiver : «
J’ai retrouvé Charlie à
St-Moritz en Suisse. Il avait l’air
en pleine forme et était passionné
du ski. Il en était à
sa première saison et tout le
monde me dit qu’il avait fait beaucoup
de progrès. Je fus invité
à me joindre à lui ainsi
qu’à M. Citroën et son groupe
pour effectuer une randonnée
de ski le lendemain. Nous partîmes
à bord de deux véhicules
spécialement conçus pour
M. Citroën et emportâmes
notre déjeuner avec nous. Nous
nous arrêtâmes à
une auberge isolée luxueuse,
située à des miles de
nulle part et très éloignée
des sentiers des skieurs, pour prendre
notre déjeuner dans une atmosphère
agréable. Ceci représentait
ma deuxième expérience
de ski et le guide m’assura que je n’avais
rien à craindre. Tout ce que
j’avais à faire était
de garder mon équilibre et de
faire confiance à Dieu. Ce fut
un bon conseil puisque Dieu était
beaucoup plus ferré que moi en
matière de gravité étant
donné que c’est Lui qui l’avait
créée. Douze parmi nous
entamèrent une première
descente mais seulement onze arrivèrent.
Une fois que j’eus repris connaissance,
je me trouvai enterré sous la
neige au fond d’un ravin. Le reste du
groupe avait disparu. J’eus peur qu’on
m’ait abandonné là pendant
toute la nuit et que je meure de froid.
Je réussis à me relever
et à continuer ma descente. J’arrivai
une heure plus tard à lagare,
au moment où le groupe s’apprêtait
à prendre le train pour retourner
à St-Moritz. J’avais l’air d’un
bonhomme de neige. Des stalactites pendaient
de mon nez et de mes cils. Tout le monde éclata
de rire et je fus le sujet de taquineries
pendant toute la soirée. J’étais
bien décidé à abandonner
le ski et à limiter mes activités
futures au bobsleigh, ce que je fis
d’ailleurs. C’est curieux de voir ce
que craint chaque personne. Charlie
refusait catégoriquement de descendre
la piste de bobsleigh même si
on lui offrait £1000, et personne
n’arrivait à le convaincre. Par
contre, il n’hésitait pas à
partir en randonnée de ski de
soirée, ce que je n’aurais jamais
accepté de faire à n’importe
quel prix. Cependant, je n’avais aucune
crainte des courbes dans la piste de
bobsleigh. »
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