Chaplin et Henri Landru : Semer les graines en prévision de Monsieur Verdoux
Je trouve amusant que plusieurs critiques s’acharnent autant sur le fait
que le film Monsieur Verdoux que réalisa Charlie en 1947 sembla être
pour lui le véhicule parfait à l’époque, compte tenu
des nombreux déboires qu’il eut avec les femmes au cours de sa vie
et plus particulièrement ses derniers démêlés avec
le système judiciaire américain et Joan Barry. Il se fit ainsi traîner
devant les tribunaux à deux reprises, souffrit de stress pendant plusieurs
années et fut l’objet de diffamation. Il est donc « acquis
» que Charlie mourait d’envie de réaliser un film dans lequel
il pourrait enfin se débarrasser, du moins fictivement, d’une ou
de plusieurs de ces femmes. Ce film dut avoir un effet cathartique sur lui. Malheureusement,
ces critiques n’ont rien compris. Ce n’était pas l’assassinat
des femmes qui attira Charlie vers cette histoire, mais plutôt l’histoire
du criminel lui-même. Toute sa vie, Charlie fut passionné d’histoires
policières qu’on appelle maintenant « crime véritable
», ainsi que leurs équivalents réels. Monsieur Verdoux lui
permit simplement de vivre l’une de ces histoires à l’écran.
Le penchant qu’avait Charlie pour les histoires policières se manifesta
principalement de deux façons. D’abord, il lisait avec passion les
feuilles de chou sur les crimes véritables. Comme son fils Charlie. le
raconte dans son livre Charlie Chaplin, mon père, Charlie avait deux lits
dans sa chambre où il résidait à Summit Drive, Beverly Hills.
Charlie Jr. indiqua que « mon père dormait habituellement dans le
lit situé tout près des fenêtres. Je me souviens des romans
policiers en fascicules empilés près de son lit. Pour s’instruire,
mon père lisait du Spengler, Schopenhauer et Kant, mais pour se détendre,
il préférait les histoires de meurtre et mystère. »
Et puis, bien avant cet incident (avant même l’existence de la
maison sur Summit Drive), Charlie avait un intérêt marqué
pour les prisons. Il prenait plaisir à les visiter et à s’entretenir
avec les prisonniers. Il est difficile d’établir une date précise
à laquelle les prisons suscitèrent un tel intérêt
chez Charlie ou de déterminer un catalyseur spécifique. Charles
Dickens pourrait être à l’origine de sa passion, puisqu’il
narra souvent ses visites de prison, telle que celle de Newgate à Londres.
Il prit même la peine de visiter les prisons durant ses deux voyages
aux États-Unis (voir Voyages en Amérique). Peu importe comment
cette idée lui vint à l’esprit, le fait est que Charlie
s’adonna à cette activité fréquemment. Il visita
la prison Sing-Sing à Ossining, New York pour la première fois
en 1921, juste avant son premier retour en Angleterre depuis le début
de sa célébrité aux États-Unis. Il relata un peu
de ce qu’il ressentit dans Mes voyages, mais le récit qu’en
fit son guide, Frank Harris, dans un article paru dans le Pearson’s Weekly
est plus intéressant. Harris relata, par exemple, qu’en quittant
la salle des visiteurs,
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