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Charlie Chaplin au Jeu de Paume |
C’est une curieuse coïncidence que la façade du Jeu de Paume, lieu où Sam Stourdzé a choisi de présenter son exposition « Chaplin et les images », donne sur la Place de la Concorde à quelques pas seulement de l’Hôtel Crillon où Charlie salua de son balcon la foule d’admirateurs parisiens et créa un gros embouteillage en mars 1931. Jusqu’à présent, Paris et les Parisiens continuent d’aimer Charlie, de le garder dans leur cœur et leur mémoire. Cet été à Paris, les films de Charlie passèrent à la télé tous les dimanches soirs. Monsieur Verdoux et Le Dictateur furent présentés sur le grand écran de certains cinémas MK2 en ville. L’on a également pu voir des photos et des citations de Charlie dans une exposition spéciale à la Cité des Sciences et de l’Industrie célébrant le centième anniversaire de la théorie de la relativité de Einstein, et à l’exposition à la Bibliothèque Nationale de France commémorant le centième anniversaire de Jean-Paul Sartre. Chaplin fut apparemment l’une des raisons qui poussèrent Sartre à visiter l’Amérique dans les années 1940.
Cependant, l’attraction principale fut « Chaplin et les images » au Jeu de Paume jusqu’au 18 septembre. L’exposition sera présentée ensuite à Kunsthal à Rotterdam, puis à Deichtorhallen à Hambourg et ensuite ailleurs. Bien que l’exposition soit organisée assez librement selon la chronologie créative de Charlie, il est préférable de la voir comme bon vous semble. Je fus d’abord frappée par la variété des véhicules des images de Charlie, entre des images à deux et à trois dimensions, verbales et visuelles, photographies et films. Stourdzé retrace habilement le développement et l’évolution de l’image de Charlie, mais son exposition semble aussi suggérer que ceci n’est pas l’essentiel. Charlot ne fut pas un produit en évolution, comme le serpent qui une fois dépouillé de sa peau ne la reprend jamais. Le vagabond dans le film Charlot et les Saucisses est aussi important à la compréhension du vagabond dans le film Les Temps Modernes et du personnage de Verdoux qu’il l’est à lui-même ou au vagabond dans les films de Keystone. Ces images de Chaplin se chevauchent; elles communiquent entre elles, s’infectent les unes les autres. Par exemple, si vous faites face au mur et regardez une photographie encadrée, une photo que vous n’avez vue que dans les livres et qui vous enchante de la voir en réalité, vous prenez conscience que même cette image n’est pas « pure ». Le verre qui recouvre la photo reflète la boucle de film présentée derrière vous. Ainsi, si vous essayez de regarder Charlie sur la scène dans Repairs, le vagabond du le film Kid Auto Races fait son entrée dans le cadre, flânant précairement jusqu’à la caméra de Lehrman. Ce montage créatif de l’exposition est accentué par des présentoirs placés stratégiquement, juxtaposant des couvertures de magazines, des cartes postales et des albums de presse « officiels » de Charlie tirés des archives et formant un collage simple et efficace. Aussi grâce à un arrangement remarquable des représentations artistiques modernistes du vagabond conçues par Fernand Léger, Erwin Blumenfeld et d’autres montrant le personnage de Charlie découpé en parties reconnaissables puis rassemblé ou placé dans des contextes peu familiers. |
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